... " Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière "
En apparence, ces deux couples mènent une vie similaire.
Chaque jour de chaque mois de chaque année depuis des années déjà, Mr Adams et Mr Trump s’en vont chaque lundi matin à 8h15 pour arriver au boulot à 9h pétantes, ce, jusqu’au vendredi 16h15 pour être de retour à la maison à 17h pétantes, afin que le week-end commence ...
Pendant ce temps, Mme Adams et Mme Trump s’accomodent des tâches ménagères quotidiennes, s’occupent amoureusement et généreusement de leurs progénitures, et mitonnent de bons petits plats pour leurs maris qu’elles aiment et qui rentrent chaque soir de chaque jour de la semaine à 18h pétantes, comme d’habitude ...
Alors oui, en apparence, ces familles à l’emploi du temps réglé comme un métronome, semblent se ressembler au point que l’on pourrait les confondre si leur apparence physique ne les distinguait pas autant ...
Parce que si ces messieurs dames semblent avoir la même vie, non seulement il n’en est rien, mais en plus sachez que Mr et Mme Adams ainsi que Mr et Mme Trump ne se fréquentent pas.
Oh, ils ont bien essayé au début de leur cohabitation dans le quartier, par politesse ...
Et ensuite, ils ont bien essayé de remettre ça quand ils ont constaté que Bryan et Donald travaillaient dans la même société ( d’où les mêmes horaires ...), mais non, malgré leurs ressemblances évidentes, force était de constater qu’ils ne partageaient pas le même avis sur une foule de sujets et qu’en fait, ils n’avaient que très peu de choses en commun finalement.Alors, pour éviter tous conflits, ils prenaient soin de soigneusement s’éviter, s’échangeant des Bonjour! cordiaux s’ils leur arrivait de s’apercevoir, c’est tout, jamais plus.
Et ça leur allait très bien comme ça, chacun se satisfaisant de la situation.
Un jour, un éminent ethnosociopolithofouillothologue vint s’égarer dans ce charmant quartier qu’était celui de Wish Terre Alien ( à ne pas confondre avec Wisteria Lane, beaucoup plus à l’ouest ! ... ) et tomba amoureux de l’endroit au point de s’y installer pour ses vieux jours, la vie lui semblait si paisible ici ...
Déformation professionnelle oblige, le professeur, de son nom Colhumbon s’intéressa de suite à la famille Adams ainsi qu’aux Trump, estimant qu’il avait sous les yeux un cas typique de ressemblances atypiques qui méritait qu’il s’y intéresse de plus près ...De là, ses observations furent quotidiennes et il n’eût de cesse de chercher à comprendre, oui, enfin, à les comprendre ...
Remarquez, ça l’arrangeait bien car le professeur Colhumbon, de son prénom Lieutenant ( après enquête, il s’avère que la maman dudit professeur était fan de séries policières ?!?! Allez comprendre les femmes ... ), n’avait rien d’autre dans la vie que son métier qui, à force, était devenu sa vie ...
Ce qui revient donc à dire, d’après son job, que la vie des autres était sa vie ...
Pendant des mois durant, il les contempla sans relâche, traquant leurs moindres comportements, étant de toutes les fêtes afin de mieux les observer et les écouter.Inlassablement, il prenait des notes qu’il griffonnait frénétiquement sur son calepin blanc qui se noircissait de jours en jours, jusqu’au jour où ...
Il parvint à une conclusion qui lui parut édifiante sur le coup, et palpitante sur le coup juste après le premier coup.
Selon lui, la différence majeure, essentielle et fondamentale qui caractérisait ces deux familles n’était autre que leur perception des choses.Et là, toutes les discussions et les attitudes des uns et des autres lui revinrent en mémoire et tout coïncidait, sa théorie tenait donc la route, oui, enfin, sa route ...
Fort de ce constat, il se retira dans son bunker et commença à mettre ses notes par écrit, les regroupa, les tria, et il en fit un livre.
Ceci fait, ça l’ amena à songer à sa propre existence, où rien hormis l’existence des autres ne comptait ...
Et ce jour là, il prit la décision que lui aussi pouvait choisir sa vie, que lui aussi pouvait être un Adams ou un Trump, que lui aussi pouvait changer ses habitudes au lieu de faire comme d’habitude puisque ça faisait 56 ans maintenant que ses journées étaient comme d’habitude et qu’en bon habitué il se sentait vraiment très seul à l’intérieur, ne s’y habituant toujours pas ...
Et ça, ça faisait bien trop longtemps que ça avait duré !
Il écrivit FIN pour clore ce chapitre et les autres, l’envoya à son éditeur, il pris ensuite une profonde inspiration, pardon, une profonde respiration, puis décida que :
" Aujourd’hui est le premier jour de ma nouvelle vie ! "
Il éprouva une profonde gratitude envers tous les Adams et les Trump que la Terre comptait et que le Ciel lui avaient généreusement mis sur sa route, car, finalement, sans eux il n’aurait pu être lui ...
Il fit ses bagages et quitta sa maison qu’il avait trouvé si belle si toute nouvelle quand il l’avait vue pour la première fois, et il le fit sans même se retourner pour entamer un nouveau chapitre.
Cette fois, rien à écrire, il ne lui a suffi que de le vivre, ...
Et il n'oublia jamais ceci :
Si la vie des autres n'est pas ma vie, l'avis des autres est ma vie.
Oui professeur, on est le résultat de nos rencontres ...